Laurence Bossion travaille du chapeau

Non, elle n’est pas dérangée, Laurence Bossion, elle crée simplement des couvre-chefs fantasques et fantastiques. Petite visite dans sa boutique-atelier et découverte du métier de modiste.

Laurence Bossion dans sa boutique

Laurence Bossion dans sa boutique

De son parcours chahuté, Laurence Bossion a préféré conserver le meilleur : l’expérience acquise et la passion de créer. Après des études à l’École de la chambre syndicale de la couture parisienne, elle a travaillé chez Dior, Guy Laroche, Torrente et dans une usine de ceintures où elle était styliste chef de produit, un « excellent exercice créatif » selon ses dires. Après un entracte à l’IFM, elle développe une entreprise florissante avec sa belle-sœur, dans le secteur du chapeau et des bijoux. Mais devant une internationalisation qui la coupe de l’atelier pour la propulser dans la gestion, la créatrice décide de tout arrêter pour repartir à zéro et devenir indépendante.

Une forme en bois et un chapeau

Une forme en bois et un chapeau

C’est dans le chapeau, sa marotte, que Laurence Bossion se lance en 2007. Ce qui fait sa particularité dans le domaine, c’est sa façon de « toucher beaucoup, tordre beaucoup » les étoffes et les pailles. Elle expérimente, en partant d’une matière qu’elle maltraite ou détourne de son usage. Elle n’hésite pas à teindre tout ce qui lui tombe sous la main et « adore les ratés », car elle « trouve toujours quelque chose à en faire ». C’est ainsi qu’après plusieurs mois de quarantaine dans un coin de l’atelier, certaines pièces jugées peu réussies trouvent une seconde vie entre ses mains habiles.

Stock de sisal

Stock de sisal

Laurence Bossion « utilise beaucoup de matières anciennes » qu’elle déniche au fin fond d’un entrepôt de fournisseur ou dans le grenier poussiéreux d’un particulier. Elle met ces merveilles de côté et attend le bon moment pour s’en servir, l’étincelle d’inspiration qui les mettra en valeur, au rythme des saisons. En hiver, les feutres sont en vedette : mérinos, de lapin, de lièvre, de castor ou encore flamand (feutre spectaculaire avec des poils coiffés qui ressemblent à des cheveux de bébé). Mais il y a aussi les tissus : cachemire, caban, laine feutrée, gabardine de laine, enduits satin ou laqués pour la pluie, velours et cuirs… En été, place au sisal, à l’abaca, au parasisal, au parabuntal, au panama, à la paille d’Italie, à la dentelle ou au galon de paille… Pour les ornements, les tiroirs de la modiste sont remplis de trésors : organza, mousseline, fleurs en soie ou en dentelle, voilettes, plumes fouet de coq, fruits, papillons, éclats de coquillage, perles, sequins, ruban de soie madras, gros-grain… Comment se lasser ?

Capeline travaillée sur forme en bois

Capeline travaillée sur forme en bois

Chapeau travaillé en coupé-cousu

Toque travaillée en coupé-cousu

Plus techniquement, la modiste détaille les trois façons classiques de travailler les chapeaux :
– Le travail sur forme en bois : la matière est mouillée ou humidifiée à la vapeur et tirée sur une forme en bois pour être moulée. Elle est ensuite clouée et apprêtée. Après un temps de séchage on démoule le chapeau et on peut commencer à le bichonner.
– Le travail en coupé-cousu : le chapeau est travaillé comme un vêtement, avec patronage, coupe, assemblage, etc.
– Le travail de galon : les galons sont cousus en rond, en escargot, etc.

Chapeau travaillé en galon

Chapeau travaillé en galon

Cela étant, Laurence Bossion s’autorise des licences créatives et donne libre cours à son inspiration pour inventer des coiffes inédites avec des méthodes inédites. À l’exemple de ce cœur « Roman d’amour », réalisé avec des matériaux de récup’ et destiné à une heureuse mariée qui pourra l’utiliser comme livre d’or et l’encadrer par la suite pour conserver un souvenir impérissable du plus beau jour de sa vie…

Roman d'amour

Coiffe « Roman d’amour » (papier, plastique, organza, sisal…)

Porter le chapeau ? C’est « une question de jeu et de plaisir », pas de tête à chapeaux. Pour la créatrice, n’importe quelle femme peut être éblouissante avec un chapeau, dès lors qu’elle joue le jeu et s’autorise à être à l’aise avec l’accessoire. Sans les brusquer, Laurence Bossion accompagne ses clientes afin qu’elles se livrent et trouvent un couvre-chef qui les mette en valeur. Son plus grand bonheur, c’est de « mettre en chapeau ce qu’elles veulent exprimer ».

Laurence Bossion - PE 2014

Collection PE 2014 – Laurence Bossion

En attendant, Laurence Bossion garde le contrôle sur la taille de son entreprise, selon son adage « small is beautiful ». La recette des grands succès ?

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